Perturber les effets déstabilisateurs du crime organisé en Afrique de l’Ouest 

Points clés et jalons du projet « Appui à l’atténuation des effets déstabilisateurs du crime organisé transnational (M-TOC) » 

Enquêter sur les conflits et la criminalité 

Cartographie des points chauds 

Reconnaissant l’importance des économies illicites dans l’écosystème des conflits en Afrique de l’Ouest, GI-TOC a lancé en 2022 un projet de cartographie des pôles illicites. La phase initiale a permis d’identifier 280 pôles d’activités illicites dans 18 pays prioritaires. Un indicateur quantitatif, le Moniteur des économies illicites et de l’instabilité (IEIM), a ensuite été appliqué pour analyser dans quelle mesure les économies illicites dans chaque pôle alimentaient l’instabilité. Cette évaluation repose sur 30 indicateurs, fondés sur l’analyse d’experts et les données collectées. 

Trois ans plus tard, la seconde version de cette cartographie est en phase finale de développement. S’appuyant sur des améliorations apportées au Moniteur et une base de données solide, l’édition 2025 reflétera les tendances les plus récentes des économies illicites et de l’instabilité en Afrique de l’Ouest. 

Cette cartographie actualisée permet une analyse de l’implication selon les types d’acteurs, une analyse spatiale des pôles, ainsi qu’une catégorisation des formes d’instabilité. Elle reste ainsi un outil précieux pour la prise de décision, l’allocation des ressources et l’analyse régionale. 

Décrypter les dynamiques de conflit au Sahel central  

La violence au Sahel central a atteint des niveaux sans précédent. La région est devenue l’épicentre mondial du terrorisme, représentant plus de 50 % des décès causés par des organisations extrémistes violentes dans le monde. Les atrocités commises par des acteurs étatiques et affiliés aggravent la crise. Au Mali, par exemple, les forces étatiques et leurs alliés russes ont été responsables de 1 486 victimes civiles entre janvier 2024 et mars 2025 – près de cinq fois plus que Jama’at Nasr al-Islam wal Muslimin (JNIM), le groupe extrémiste le plus puissant de la région. 

Les conflits au Sahel reconfigurent les écosystèmes de la contrebande – de la cocaïne aux migrants et réfugiés – et poussent un nombre record de personnes à tenter la traversée des Canaries, la route migratoire la plus meurtrière au monde. 

Incidents liés aux conflits dans le Sahel et évolution des routes migratoires, 2019-2024

Incidents liés aux conflits dans le Sahel et évolution des routes migratoires, 2019-2024 

Conflict incidents in the Sahel and changes in migratory routes, 2019–2024.

Le JNIM et la Province de l’État islamique au Sahel (IS Sahel) opèrent toujours au nord du Bénin, Togo, Côte d’Ivoire et Ghana, tirant profit d’économies illicites pour se financer, obtenir des ressources et asseoir leur légitimité. Le GI-TOC suit l’impact de ces activités – du vol de bétail au trafic d’armes en passant par l’or illicite – sur les dynamiques de conflit. Des recherches sont également en cours sur la manière dont les technologies numériques, telles que Starlink, transforment les conflits et le crime. 

Renforcer les réponses de la société civile 

Sept journalistes du Ghana, du Nigeria, de Côte d’Ivoire, du Bénin et du Togo participent à la bourse de journalisme en Afrique de l’Ouest, un programme d’un an conçu pour attirer l’attention sur l’instabilité croissante dans la région et renforcer la résilience face au crime organisé. Les boursiers enquêtent sur les principaux acteurs criminels et les dynamiques sous-jacentes, en mettant l’accent sur les zones les plus affectées. Ils analysent notamment comment les bandits, groupes extrémistes violents et acteurs liés à l’État tirent parti du vol de bétail, de l’orpaillage, du trafic d’armes et de motos. 

Le programme met l’accent sur le renforcement des compétences journalistiques. Chaque boursier est accompagné d’un mentor et bénéficie d’un accès direct aux experts du GI-TOC pour soutenir ses recherches. Des sessions en ligne permettent d’aborder des thèmes variés, comme le paysage du crime organisé, la vérification des faits, l’orpaillage, le vol de bétail, le journalisme en situation de conflit et la sécurité. Une formation pratique en rédaction de propositions, vérification des faits et gestion de la sécurité a également été dispensée. Chaque boursier publiera un article basé sur son enquête à la fin du programme. 

Seven journalists from Ghana, Nigeria, Côte d’Ivoire, Benin and Togo are taking part in the Journalism Fellowship in West Africa, a one-year programme designed to shine a spotlight on the escalating instability in West Africa and develop resilience against organized crime.

Évaluation de la sensibilité aux conflits et à la criminalité 

La région frontalière entre le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso abrite plusieurs économies illicites, principalement l’orpaillage et le vol de bétail. Avec la progression des groupes armés sahéliens vers le sud, des préoccupations sécuritaires émergent aussi dans le nord du Ghana et de la Côte d’Ivoire. 

The area marking the borders between Ghana and its northern and western neighbours, Côte d’Ivoire and Burkina Faso, is home to a range of illicit economies, most prominently artisanal and small-scale gold mining and cattle rustling. With Sahelian armed groups increasingly moving southwards, security concerns have also been triggered in the northern areas of Ghana and Côte d’Ivoire.

Les chercheurs du GI-TOC se sont rendus dans les communautés du nord-ouest du Ghana et du Bounkani en Côte d’Ivoire – des zones clés où le JNIM blanchit du bétail volé et collecte des ressources – pour recueillir leurs perspectives sur le lien entre économies illicites et instabilité, et identifier les soutiens nécessaires pour casser ce lien. 

Les sites d’orpaillage et les marchés à bétail dépassent aussi les frontières, offrant une source potentielle de financement aux groupes armés. Des recherches dans le nord du Ghana et les zones frontalières du Burkina ont permis d’évaluer ces risques et d’identifier les acteurs impliqués. 

Les résultats ont été partagés avec les représentants gouvernementaux et les spécialistes de la GIZ dans les deux pays. L’objectif est d’alimenter des programmes renforçant la résilience communautaire face aux marchés illicites les plus menaçants. 

Les chaînes de l’économie illicite menant à l’instabilité

Les chaînes de l’économie illicite menant à l’instabilité 

Les chaînes de l’économie illicite menant à l’instabilité 

Focus sur trois marchés clés 

GI-TOC s’est concentré sur trois marchés criminels : le vol de bétail, l’orpaillage et le trafic d’armes. Les deux premiers ont été analysés dans la zone des trois frontières (Côte d’Ivoire – Ghana – Burkina Faso) à partir des résultats de l’évaluation de la sensibilité aux conflits et à la criminalité. Le volet sur le trafic d’armes concerne la région sahélienne (Mali, Tchad, Libye) avec un focus sur l’impact des mercenaires sur ce marché. 

VOL DE BETAIL 

Le vol de bétail constitue un pilier de l’économie de guerre en Afrique de l’Ouest et au Sahel. Les deux principaux groupes extrémistes – le JNIM (affilié à al-Qaïda) et IS Sahel – en dépendent pour se financer et s’approvisionner. 

Le nord-ouest du Ghana et le Bounkani (nord de la Côte d’Ivoire) ont émergé comme des plaques tournantes du blanchiment de bétail volé au Burkina Faso. Cette dynamique confirme l’analyse selon laquelle le JNIM parvient à s’y approvisionner sans recours à la violence, adoptant une stratégie d’extraction non violente dans certains corridors logistiques. 

Carte des points chauds du vol de bétail, routes de transit et points de vente

Carte des points chauds du vol de bétail, routes de transit et points de vente

Carte des points chauds du vol de bétail, routes de transit et points de vente

L’implication d’acteurs armés dans le commerce transfrontalier du bétail fausse les dynamiques du marché. Des intermédiaires et commerçants achètent à bas prix des bêtes volées, réalisant ainsi des profits doublés voire triplés. Cette convergence d’intérêts entre acteurs économiques des pays côtiers et groupes liés aux conflits, comme le JNIM, ancre le statu quo et nuit aux efforts de paix. 

Si le JNIM reste l’acteur principal du vol de bétail au sud du Burkina, les VDP (Volontaires pour la Défense de la Patrie) y jouent aussi un rôle central depuis 2024. Cette évolution brouille les lignes entre contre-terrorisme et réseaux criminels, sapant ainsi la légitimité de l’État. 

ORPAILLAGE 

Des acteurs burkinabè financent le traitement et l’achat d’or dans le nord du Ghana. Aucune preuve directe ne relie cependant les personnes impliquées dans ce secteur à des groupes extrémistes comme le JNIM. Les enquêtes montrent que si le JNIM profite de l’orpaillage dans les zones frontalières du Burkina, les VDP y jouent un rôle plus actif et visible. Ce constat confirme les recherches précédentes du GI-TOC et souligne l’importance d’un suivi régulier et d’une analyse nuancée. 

Même sans liens clairs avec l’extrémisme, le secteur aurifère représente un risque sécuritaire. On observe d’importants flux illicites d’or du Ghana vers le Burkina, liés à des mécanismes de financement opaque. La contrebande d’explosifs, d’engrais, de carburant et de motos est également fréquente. Ces ressources servent à la fois aux activités minières et aux opérations du JNIM, contribuant à l’insécurité régionale et sapant la gouvernance locale. 

Enfin, le risque de recrutement par des groupes extrémistes au nord du Ghana est réel. Face aux signes émergents de recrutement, un suivi attentif, des actions proactives et un soutien durable aux communautés frontalières sont essentiels pour éviter une aggravation de cette tendance. 

Le projet "Appui à l'atténuation des effets déstabilisateurs de la criminalité transnationale organisée (M-TOC)" est un projet de la CEDEAO financé par le ministère fédéral allemand des Affaires étrangères, mis en œuvre par la Deutsche Gesellschaft fur Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH, et Global Initiative against Transnational Organized Crime (GI-TOC), pour la période de 2024 à 2025. 

Pour faire face aux défis complexes de la criminalité transnationale organisée, le projet " Appui à l'atténuation des effets déstabilisateurs de la criminalité transnationale organisée (M-TOC) " combine les réponses traditionnelles en matière de sécurité avec des mesures de résilience prises par les communautés, éclairées par des recherches de pointe sur l'intersection des économies illicites et de l'instabilité dans la zone transfrontalière du Ghana, de la Côte d'Ivoire et du Burkina Faso.  

Dans le cadre du M-TOC, GI-TOC cartographie la convergence des économies illicites et de l'instabilité en Afrique de l'Ouest, en mettant l'accent sur les marchés criminels qui alimentent la violence. Les conflits armés dans cette région sont parmi les plus meurtriers au monde, dévastant des communautés et soulignant la nécessité d'une réponse plus ferme à la criminalité transnationale organisée. 

À propos de l’Initiative mondiale

L’Initiative mondiale contre la criminalité organisée transnationale est un réseau de professionnels intervenant en première ligne dans la lutte contre l’économie illicite et les acteurs criminels. Au moyen d’un système mondial d’observatoires de la société civile consacrés à l’économie illicite, nous suivons l’évolution des tendances, renforçons la base factuelle nécessaire à l’action publique, diffusons l’expertise de notre Réseau et catalysons des réponses multisectorielles et holistiques couvrant divers types de criminalité. Grâce au Fonds Résilience de l’Initiative mondiale, nous soutenons les militants communautaires et les ONG locales qui œuvrent dans des contextes où la gouvernance criminelle compromet gravement la sûreté, la sécurité et les perspectives de vie des populations.

À propos de l’Observatoire d’Afrique de l’Ouest

Créé en 2021, l’Observatoire réunit des chercheurs actifs dans l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest élargie et du Sahel. Il s’emploie à mettre en lumière l’économie politique de la criminalité organisée transnationale dans la région, en se concentrant sur les liens entre les marchés illicites, l’instabilité et les conflits. Adoptant une approche partenariale, l’Observatoire collabore avec la société civile et la soutient dans toute la région. À ce titre, il cartographie les pôles, les itinéraires et les flux des marchés illicites ainsi que les principaux acteurs, afin d’évaluer leurs conséquences sur la stabilité régionale, les conflits, la gouvernance et les tensions sociales.

Les pays couverts par l’Observatoire sont le Nigeria, la République centrafricaine, le Mali, le Niger, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Cameroun, le Libéria, le Burkina Faso, le Ghana, la Gambie, le Sénégal, le Togo, le Bénin, le Cabo Verde, la Sierra Leone, la Guinée-Bissau et le Tchad.