Depuis la base
Comment les communautés renforcent la résilience en Haïti
Haïti traverse une crise profonde de sécurité et de gouvernance depuis l’assassinat de Jovenel Moïse en 2021 et l’érosion subséquente de l’autorité de l’État, qui a favorisé l’émergence d’une nouvelle génération de groupes criminels.
Les gangs, désormais unis au sein d’une coalition armée appelée Viv Ansanm (« Vivre ensemble »), exercent un contrôle sur de vastes portions du territoire, y compris la capitale, Port-au-Prince, les infrastructures critiques et les axes commerciaux, entraînant des niveaux extrêmes de violence, d’extorsion, de déplacements forcés, ainsi que de trafic de drogues et d’armes à feu. Les communautés font face à une insécurité quotidienne dans un contexte où les institutions publiques ne sont pas en mesure d’assurer la protection ni de fournir des services de base.
Selon l’Indice mondial du crime organisé 2025, Haïti se classe au 35e rang sur 193 pays pour le niveau de criminalité, ce qui en fait le pays le plus touché des Caraïbes. Parallèlement, il occupe la 177e place mondiale en matière de résilience, et la dernière position dans la région, ce qui reflète la faiblesse institutionnelle dans la prévention, la limitation et la réponse face au crime organisé. Ces conditions exposent les communautés à des préjudices persistants, tout en laissant les victimes avec un accès limité à la justice, à la protection et au soutien.
Cette combinaison d’une forte criminalité et d’une faible résilience institutionnelle a creusé d’importantes lacunes en matière de gouvernance. Dans cet environnement, les organisations de la société civile jouent un rôle crucial pour maintenir la cohésion sociale, soutenir les familles déplacées et fournir une assistance que les autorités ne peuvent assurer.
Les initiatives communautaires constituent souvent les seules structures de protection disponibles, en particulier pour les jeunes et les femmes confrontés à des risques accrus d’exploitation et de recrutement par les gangs.
Une réponse portée par les communautés
Face à cette réalité, le Fonds pour la Résilience travaille avec des organisations ancrées localement qui renforcent la résilience communautaire depuis la base, en privilégiant des approches qui s’attaquent aux facteurs structurels de la violence, notamment l’exclusion des jeunes, les violences basées sur le genre, les déplacements et l’absence d’espaces sûrs.
Dans ce cadre, la Centre Hospitalier de Fontaine Foundation (CHFF) à Cité Soleil et le Centre d’orientation et de soutien à la famille haïtienne (COSOFH) dans le département du Sud travaillent aux côtés des communautés en première ligne de la crise haïtienne afin de réduire les vulnérabilités et de créer des alternatives à la violence.
Ces deux organisations interviennent dans des contextes distincts. Cité Soleil est entièrement contrôlée par des gangs, tandis que Les Cayes et Camp Perrin se situent dans une région échappant à leur contrôle. À Cité Soleil, les jeunes sont exposés de manière persistante aux groupes armés, avec un accès limité à l’éducation et une marginalisation économique aiguë. À Les Cayes et Camp Perrin, les familles déplacées par la violence des gangs tentent de reconstruire leur vie dans des communautés sous pression, où les adolescentes sont particulièrement exposées aux risques d’abus, d’exploitation et d’exclusion sociale.
En collaboration avec le Fonds pour la Résilience, la CHFF et le COSOFH mettent en œuvre des programmes intégrés et communautaires combinant prévention, prise en charge et développement de compétences.
Centre d’orientation et de soutien à la famille haïtienne
Le COSOFH accompagne plus de 100 adolescentes à travers son programme Kore Tifi (« Renforcer les filles »), en offrant un soutien psychosocial, du mentorat, une éducation à la prévention de la violence et des formations professionnelles. Les parents et les leaders communautaires participent activement à des réunions régulières, renforçant ainsi la responsabilité collective en matière de protection et de bien-être. Des enquêtes communautaires, des journées portes ouvertes et des étapes clés du programme — telles que la remise de certificats à 75 filles diplômées du programme Kore Tifi — permettent de documenter les évolutions des perceptions, des comportements et des dynamiques sociales, tout en consolidant l’appropriation locale de ces initiatives.
Centre Hospitalier de Fontaine Foundation
La CHFF s’appuie sur des décennies de prestation de soins de santé à Cité Soleil pour élargir l’accès au soutien éducatif, à l’accompagnement psychosocial et à des parcours professionnels pour les jeunes exposés au risque de recrutement par les gangs. Les activités comprennent un appui scolaire, des formations agricoles, des activités sportives et le développement de compétences de vie, offrant des espaces sûrs et des modèles positifs dans un environnement hautement instable.
En créant des espaces sûrs, en élargissant l’accès à des compétences pratiques et en renforçant les réseaux communautaires, ces initiatives réduisent l’exposition à la violence, à l’exploitation et au recrutement. Elles consolident la cohésion sociale et les capacités de protection dans des quartiers où l’ampleur du crime organisé dépasse largement la capacité institutionnelle de l’État à y répondre.
Ce travail reflète un constat plus large mis en lumière par l’Indice mondial du crime organisé 2025 : bien que la résilience au niveau national demeure faible, l’action menée par les communautés joue un rôle déterminant pour limiter l’influence criminelle, combler les lacunes en matière de gouvernance et maintenir l’espoir dans des contextes d’extrême fragilité. À travers des solutions portées localement, la société civile haïtienne continue de démontrer que la résilience se construit chaque jour, collectivement et au sein même des communautés.
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L’Observatoire de la violence et de la résilience en Haïti du GI-TOC (HT-Obs) constitue un forum essentiel pour la recherche et l’analyse, le renforcement de la société civile, le développement des capacités et le soutien direct aux acteurs multilatéraux. Ces sphères d’action complémentaires offrent une approche intégrée, indispensable aux efforts nationaux et internationaux, afin de garantir la durabilité des solutions mises en œuvre pour résoudre la crise haïtienne. L’Observatoire d’Haïti pose les bases de futures initiatives de la société civile dans le pays et sert de modèle pour les politiques locales et internationales. En savoir plus.
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Le Fonds pour la Résilience est le mécanisme de subvention du GI-TOC. Lancé en 2019 à Vienne, il fournit un soutien technique et financier aux acteurs de la société civile engagés dans la lutte contre le crime organisé. Il est né de la nécessité de soutenir celles et ceux qui agissent en première ligne face à la gouvernance criminelle et à la violence, afin d’amplifier la voix des communautés locales et de porter leurs perspectives dans les forums multilatéraux. Le Fonds a pour mission d’identifier, de soutenir et de protéger les acteurs communautaires et leurs initiatives dans les régions du monde les plus touchées par la gouvernance criminelle. En savoir plus.
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